"Il faut être autodidacte et ne pas avoir peur de s'imposer"

"Il faut être autodidacte et ne pas avoir peur de s'imposer"

WAKE qui signifie Women Arts Keen Equality et que l’on pourrait traduire par “femmes, arts, dévotion/passion, égalité”, est aussi utilisée pour la symbolique du réveil afin de provoquer une réaction, une prise de conscience. Nous avons pu interviewer les deux fondatrices de l’association, Laura et Emeline. Fondée au printemps 2016, son but est de mettre en valeur toutes les femmes dans divers domaines culturel : musique (électronique majoritairement), mode (nouvelles marques féminines et parisiennes), arts…  

Ce qu’elles souhaitent, c’est être actrices du changement pour créer de la diversité et de l’égalité dans ces domaines.

Pourquoi avoir créé Wake ?

Laura : Je travaille depuis quatre ans dans le domaine des musiques actuelles : avec mon ancien binôme ­ Jonathan ­ on était résidents au Social Club sur les mercredis, on a ouvert l’Underclub l’été dernier, on a organisé au Petit Bain aussi ... J’en suis arrivée au triste constat que je n’avais croisé que très très peu de femmes dans la sphère professionnelle et nos différents collaborateurs avaient toujours une réticence à travailler avec moi, j’étais souvent méprisée. J’ai décidé de construire un projet autour d’un sujet qui me tenait à cœur et qui me ressemblait vraiment. Il y a 3 femmes DJ pour 115 hommes : ma situation n’est pas un cas isolé, et j’aimerai rassembler tou.te.s les personnes concerné.e.s autour de WAKE !

Emeline : Je suis DJ depuis cinq ans ainsi que dans l’événementiel depuis un moment et ce domaine est surtout masculin. Les femmes manquent de visibilité et elles se retrouvent au bas de l'affiche des festivals (sauf les Nina Kraviz de ce monde, qui restent peu). Je fais face à des critiques sexistes genre : « plutôt pas mal ton set pour une meuf », « tu sais comment ça fonctionne tout ça ? » ou « Ah tu mixes de la techno ? Car en général les meufs ne jouent pas trop techno ». J’aimerais encourager les femmes DJ à se lancer dans ce monde passionnant et créatif. Nous faire reconnaître et apprécier en tant qu’artiste. Je n’ai pas eu d’autres choix que de rejoindre Laura dans ce projet qui me tient beaucoup à cœur.

 Avez-­vous eu des difficultés à émerger ?

Emeline : Nous venons de lancer notre page Facebook. Pour le moment, nous n’avons pas encore émergé : on sera surtout actives lorsqu’on lancera nos événements à la rentrée. On s’occupe d’un agenda sur notre page pour montrer ce que Paris propose au niveau des soirées où des femmes performent.

Laura : Nous avons fait un seul événement pour lancer l’association. C’était le 19 juin au Petit Bain et questionnait sur la femme et sa représentation dans la musique électronique avec une scène, une table ronde, des stands... Tous les invités et artistes étaient des femmes. Dans les grandes lignes : Fils de Vénus, Sakatrak, Betty, Girls Do It Better ... C’était vraiment une journée intéressante où des rencontres professionnelles se sont faites. On était très contentes d’avoir pu fédérer un public intéressé et tester l’ampleur de la situation.

Que pensez-­vous de la place de la femme aujourd'hui dans la musique électronique ?

Emeline : Je pense que les femmes ont tout à fait leur place dans ce milieu ... Des grandes artistes comme Deborah de Luca, Ellen Allien, Nastia ont su faire leur place et c’est très inspirant. Il faut encourager les femmes et leur montrer que c’est possible de grandir et d’évoluer dans ce domaine, autant qu’un homme. Il y a aussi une sorte de censure de la part des boîtes de booking, qui s’occupent plus facilement d’un artiste masculin ou que les techniciens des clubs se permettent de refaire des réglages avant un set alors qu'ils n'oseraient pas nécessairement toucher à l’équipement d'un DJ homme.

Laura : Depuis ces dernières années il y a une émergence folle des labels et collectifs dans la musique électronique et parmi eux des féminins. C’est super que certains d’eux se distinguent, notamment Ra+re Records ou Barbi(e)turix. Ça reste très paradoxal de voir que le public est mixte mais pas dans les acteurs du domaine : bookeuse, manageuse, programmatrice… Ça reste des postes plus difficilement accessibles pour une femme.

 Y'a-­t-­il des endroits plus "faciles" pour jouer en tant que femme DJ ?

Emeline : Comme les hommes, je pense que c’est toujours plus facile de se faire booker en warm-up pour des soirées en bars/clubs. Après, la programmation dans les festivals c’est autre chose. Au Weather de juin, il y avait 8 DJs femmes pour 92 hommes (8%).

Laura : On peut toujours dire que c’est dû au fait qu’elles restent moins nombreuses, mais certains lieux prennent doucement conscience de ce manque de reconnaissance. Trax avait fait un article sur La Chaufferie et sa nouvelle direction artistique par Théo Muller : “ il y a pas mal de femmes qui cartonnent et il faut les mettre en avant. [...] Je pense que ça passe surtout par faire jouer des femmes qui débutent, et leur faire confiance.”

 Quels conseils pourriez-vous donner à une femme qui souhaite se lancer ?

 Emeline : Il faut être autodidacte et ne pas avoir peur de s’imposer. Passez par-dessus le sexisme : rejoindre un collectif mixte qui te supporte en tant qu’artiste est une bonne manière de se lancer aussi. Bien connaître tout son matériel, les fonctionnalités, avoir une bonne bibliothèque solide de sons, rester soi-­même et surtout, kiffer !

Est-il parfois difficile de vous imposer en tant qu'association féminine dans le monde déjà très fermé qu'est le monde de la musique ?

Emeline : La sphère professionnelle nous reconnait, car elle se rend compte du manque de parité et apprécie notre présence pour le faire. Notre agenda est soutenu par ces gens-là.

Laura : C’est le public le plus difficile. Ils sont réticents, car ils voient la misandrie dans notre projet. Dès qu’on parle de valoriser, ils entendent “exclure les hommes, les dévaloriser, faire un gang d’hystériques qui vont forcer d’autres femmes à devenir DJ pour établir la parité.”

Pensez-­vous qu'il est dérangeant d'avoir l'étiquette de femme dans ce milieu ? Pourquoi ?

Laura : Ce n’est pas forcément l’étiquette le problème, mais on a remarqué lorsqu’on en parle, que lorsque notre interlocuteur voit “femmes”, il voit “féministe”. Nous, on se dit clairement féministes, parce que c’est très simple dans nos têtes : femme = homme. Mais c’est quelque chose d’hyper mal compris dans la société en général. Ça nous amuse autant que ça nous désespère quand une femme souhaite participer à notre projet et nous dit “j’espère que c’est pas féministe hein, je ne le suis pour rien au monde”. On comprend “ne faites pas de moi l’égal de l’homme surtout, j’aime être sous payée.” Enfin.

Comment pensez-vous contribuer à la lutte pour la parité ?

Emeline : Notre programmation sera majoritairement féminine pour nos prochains évents mais pas que… Notre but est d’être inclusives et non exclusives : les événements seront pluri­disciplinaires pour mélanger les publics.

Laura : Nous sommes que trois femmes pour le moment, mais nous n’avons aucun problème à ce que des hommes soient dans notre équipe. On garde notre porte bien ouverte à tout le monde, car c’est un combat universel et non contre les hommes.

Selon vous, quelle serait la bringue idéale ?

Laura & Emeline : En vrai, nous souhaitons tout simplement que tout le monde joue et se sente libre : Tou.t.es ensemble !

Track d'Emeline : https://www.youtube.com/watch?v=­WOghalFYX

Track de Laura :


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