[INTERVIEW] Supa Dupa, décollage imminent

[INTERVIEW] Supa Dupa, décollage imminent

On a rencontré Arthur 'NuTone' Caget, Nassim ‘NotaBene’ Bedrane et Manon 'Macy Lu' Cluzel, membres de Supa Dupa, pour discuter de la sortie de leur nouvel EP Rise. C’est la première partie du projet Rise&Fall, deux EP qui abordent de façon opposée les relations amoureuses. Ce groupe de neuf musiciens façonne son univers musical autour du jazz, du hip-hop et de la soul, pour un résultat incomparable. En plus de leur projet, on a pu discuter inspirations, création de l’EP, importance de la scène, et de leur agenda qui s’annonce pour le moins chargé.

Précision : Supa Dupa ne sortira finalement pas Fall en juin, mais directement Rise & Fall en septembre.

Goosebump : Merci de nous accorder cette interview ! 

ArthurCaget (batteur et créateur du groupe), Nassim ‘NotaBene’ Bedrane (rap/chant), Manon Cluzel (rap/chant) : Merci à vous !

Goosebump : Pour la première question, j’aimerais revenir sur la genèse du groupe. Qu’est-ce qui vous a ramené tous ensemble autour de ce projet musical ? 

Arthur : Ça a commencé il y a trois ans environ. À la base, c’était juste un projet solo ou je comptais faire des beats et travailler avec plusieurs rappeurs isolés. Avec les membres du groupe, on s’est tous rencontrés pour la plupart au conservatoire, sinon en jam session ou en concert. Petit à petit, on s’est mis à jouer tous ensemble, même si au départ, on n'avait pas la forme actuelle du groupe. Fin 2016, on avait enfin la forme finale et actuelle de Supa Dupa. On s’est tous regroupés autour de ce projet, et Nassim a trouvé le nom de Supa Dupa. Et voilà !

Goosebump : En faisant quelques recherches, j’ai vu que vous faites partie du collectif Dôze compagnie, une structure qui regroupe différents artistes (musiciens, acteurs, etc). Quel est son objectif ? 

Arthur : La Dôze compagnie c’est une association qui nous sert de base administrative. C’est des copains qui s’occupent super bien de toute la paperasse. 
Manon : De tout ce qu’on sait pas faire quoi !
Arthur : Voilà, c’est une super asso qui organise plein d’événements et qui regroupe plusieurs projets dans un catalogue. On est le seul groupe de hip-hop, généralement les artistes tournent plus autour du théâtre, de la chanson ou du cinéma. Ça nous permet de mettre en lien les artistes et les réseaux. On est aussi dans l’incubateur Plan B! avec la salle Bizarre! à Vénissieux.

Goosebump : Vous avez été très actifs sur les scènes lyonnaises ces deux dernières années, et une grosse partie de votre public vous a découvert en live. Est-ce que cela a joué pour le processus de création de Rise ? 

Arthur : Je pense qu’il faut l'intégrer. Quand j’ai commencé le projet, j’étais très axé sur le live. J’ai pensé les arrangements et les compositions pour que ça pète sur scène. J’ai essayé de m’inspirer des shows à l’américaine, type… Type on n'a pas le budget pour l’instant (rires). Kendrick Lamar, Bruno Mars, c’est ce genre de show bien ficelé qu’on vise même si la route est encore longue pour arriver à ce niveau. Je me suis plutôt basé là-dessus, et c’est par la suite qu’on a voulu passer au studio pour enregistrer. Au début, on n'avait pas le recul des étapes nécessaires pour arriver en studio. 
Nassim : Quand on a enregistré l’EP précédent, High on Life, ça se rapprochait vachement de ce qu’on joue en live. Mais il manque ce petit plus du live, cette dynamique et l’énergie de la scène. 

Goosebump : J’allais justement vous demander ce qui a changé dans la façon d’aborder votre projet entre High on Life et Rise. J’ai eu l’impression que Rise est plus large musicalement que votre premier projet… 

Arthur : Ah oui totalement !
Manon :  Il y a plus de moyens aussi.
Arthur : Je pense qu’on a moins misé sur High on Life, on s’est juste dit qu’il était temps d’enregistrer quelque chose. Il y a tellement d’étapes avant de passer en studio pour un projet qu’on a beaucoup appris sur le tas, on était encore jeunes ! Ça nous a permis de prendre plein de claques qu’on n'avait pas encore prises, et j’espère que les sons dans deux ans sonneront encore mieux. 
Manon : C’était plus pour montrer qu’on était là, notre carte de visite. 
Nassim : C’est après coup qu’on a vu qu’il fallait enregistrer un album de façon différente de ce qu’on peut donner en concert. Pour ce nouveau projet, le processus de création a complètement changé, rien que le temps de préparation était plus important.

Goosebump : Pour financer Rise & Fall, vous êtes passés par Kiss Kiss Bank Bank, une plateforme de financement participatif. Comment vous avez vécu cette expérience ? 

Arthur : J’ai l’impression que ça nous a poussé à tous progresser individuellement en communication sur les réseaux sociaux pour le projet. C’était un réflexe qu’on n'avait pas forcément avant. Avec Kiss Kiss Bank Bank, on s’est rendus compte que sans cette possibilité, on n'aurait l'argent nécessaire et que ça serait compliqué. Du coup, ça nous a permis de réaliser plein de vidéos pour motiver les gens et ça a soudé le projet sur plein de points. Par exemple le claviste (ndlr : Corentin Coirault), il aime faire de la vidéo donc il en a fait. On a aussi bossé avec des gens comme Jonathan Morel, qui nous a fait des vidéos de live et de studio, ou Mr Chonks, qui nous a fait la vidéo de présentation pour le Kiss Kiss Bank Bank. En plus, ça nous a ramené quelques fans sur Facebook. À la fin, quand on balancé la pochette, on a senti que les gens étaient pressés de voir le résultat. 

Goosebump : Au final, vous avez plus que rempli votre objectif puisque le financement est arrivé à 132%… Pas trop de pression ? 

Manon : Ça motive !

Goosebump : De la motivation plus que de la pression ?

Manon : Les deux, tout en même temps ! 
Nassim : Je ressens pas forcément de pression par rapport à ça, plus de la motivation. Les gens nous ont fait confiance, maintenant va falloir qu’on leur donne un produit de qualité. Après, on a beaucoup été soutenus par des proches et ils ne s’attendent pas forcément à un projet aussi élaboré que ce qu’on a fait. 
Arthur : Il y a quand même pas mal de monde, à part pour ceux qui nous ont vu sur scène ces derniers temps, qui sont restés sur High on Life. Du coup la différence est flagrante entre les deux, en terme de sons, de production, de vision globale et de l’histoire qu’on raconte. Et surtout de notre patte, qu’on a essayé de développer et qui commence à s’entendre. 
Manon : C’est mieux produit quoi ! Le temps, les moyens pour enregistrer.. Arthur a bossé environ un an sur les productions avant qu’on aille en studio. À côté, High on Life était précipité, on l’a sorti parce qu’il fallait qu’on sorte quelque chose.

Goosebump : On va rentrer un peu plus dans le projet Rise & Fall. J’ai compris que votre idée d'origine était de faire un album, mais finalement vous sortez deux EPs. Pourquoi ce choix de couper l’album en 2 ? 

Arthur : Il y a plein de raisons : le temps, les finances, mais surtout ça nous permet de voir la réaction du public et d’éventuellement ajuster le tir pour la suite. C’est presque comme un crash test. 
Nassim : Ça nous permet aussi d’avoir du contenu dans la longueur. Au lieu d’avoir une seule sortie, on en a trois. On espère avoir de l’attente et de l’engouement entre la sortie de Rise et celle de Fall. On peut aussi imaginer rectifier le tir sur certains détails, notamment le mix et le mastering. On verra en fonction des retours du public.
Après, on voulait raconter une histoire, et cette histoire avait deux parties. Donc tant qu’à faire, autant les sortir séparément, avec deux univers distincts, avec des visuels distincts. 
Arthur : Ce qui est marrant, c’est que j’avais pratiquement produit tout Rise & Fall en juin de l’année dernière. Et c’est au fil de l’histoire qu’on voulait raconter qu’on s’est rendus compte qu’il y avait deux vibes différentes. C’était plus simple pour le déroulement de l’histoire, c’est venu naturellement qu’on fasse deux EP de cinq titres. 
Nassim : Nous on voulait vraiment faire un album. Et après la rencontre avec Fisto (ndlr : Olivier Cheravola, manager de Supa Dupa), il nous a juste posé la question : « Pourquoi ? ». On avait envie de franchir un cap, et de sortir quelque chose de plus élaboré, plus produit que High on Life, mais le fait qu’il nous pose cette question, ça nous a forcé à réfléchir sur une autre façon d’aborder le projet. 
 De gauche à droite, Nassim 'NotaBene' Bedrane, Manon Cluzel et Arthur Caget, membres de Supa Dupa. 

De gauche à droite, Nassim 'NotaBene' Bedrane, Manon Cluzel et Arthur Caget, membres de Supa Dupa. 

Goosebump : Pour ce projet, vous avez fait appel à Lucille Mouret et Guillaume Durand pour travailler le visuel, notamment la pochette. Guillaume Durand s’occupe également des visuels de Damso. Comment le choix s’est fait ? 

Nassim : Il a travaillé avec Fisto pour le SURL Mag. C’est comme ça qu’ils se sont connus, ils avaient une relation de confiance et son travail était de qualité. D’ailleurs, il est aussi réalisateur, et on l’a contacté pour qu’il fasse à la fois le visu de la pochette et les clips. Pour Lucille c’est différent, on travaille avec elle depuis le début de Supa Dupa. 
Arthur : Elle a fait tout le suivi graphique de notre projet, retouche de photos, en concert, même les visuels pour le Kiss Kiss Bank Bank. Pour ce projet, il nous manquait ce petit quelque chose pour qu’on soit vraiment satisfait du visuel et qu’il nous corresponde, et c’est Lucille qui l’a apporté. 

Goosebump : On va quand même parler des titres de l’EP. J’ai vraiment apprécié les changements d’ambiances sur Fuel. On a d’un côté un son très épuré sur les couplets, avec une basse ultra présente, et des moments beaucoup plus lents et doux pour les refrains. Comment s’est déroulé le processus de création pour arriver à ce résultat, bien différent de l’ancien projet ? 

Arthur : À la base, moi je suis vraiment batteur. Quand on s’est regroupés autour de Supa Dupa, j’ai commencé à composer, mais je l’imaginais seulement jouée. Ça marchait en live mais moins en studio. Pour Rise & Fall, j’ai complètement repris le process à l’envers, j’ai été conseillé, j’ai fait des sessions avec des mecs qui avaient plus d’expérience, j’ai analysé énormément de sons, le mixage, le mastering… Et je me suis dit que j’allais anticiper le mastering à chaque début de prod. Quand je commence à produire, j’essaye d’entendre ce que ça va donner quand ça sera tout terminé avec tout le monde dessus. Ça m’a apporté pas mal de recul. 

Pour le processus de création, j’ai enregistré tous les sons et ambiances que je voulais avoir, qui était validé ou non par les autres membres du groupe. On a fait pas mal de sessions avec la rythmique, pour voir ce qui groovait vraiment. Ensuite, j’ai retravaillé les prods en studio. C’est à ce moment-là que Manon et Nass ont pu voir ce que eux allait pouvoir écrire sur les prods. J’ai continué à produire pendant ce temps-là, en faisant des sessions avec tout le monde, le pianiste, le bassiste, le guitariste pour avoir le maximum de samples possible. J’ai trié après pour prendre ce qu’on voulait tous ensemble. Ça s’est terminé avec une grosse résidence de tout le groupe, où on a vraiment défini les axes de chaque morceau. On a tout enregistré chez moi avant de l’envoyer à l’ingé’ son et de refaire un copier coller dans le vrai stud’.

Goosebump : De façon générale, on est plongé dans un univers très West Coast sur l’EP. Quelles sont vos inspirations dans la musique ? 

Nassim : Je pense à Anderson Paak, notamment sur Countdown. 
Manon : Après sur Rise, là c’est vraiment Mac Miller.
Arthur : Dans les grandes lignes pour moi, c’est Kendrick, Anderson Paak, Mac Miller. Après j’aime beaucoup les rappeurs plus underground avec des prods plus épurées, comme Illa J. J’ai découvert un groupe récemment, The Doppelgangaz. Slum Village aussi, Mobb Deep… C’est une culture underground que je kiffe mais que je ne veux pas forcément pour Supa Dupa. Du coup je m’en inspire et j’essaye de mixer cette musique qui vient pas mal du jazz et la musique plus commerciale, comme Justin Timberlake ou Bruno Mars. Cette liaison entre les deux ça fait du Supa Dupa. La vie de fond vient vraiment de l’underground. En tout cas, c’est comme ça que je pense et écris les prods. Et quand tout le monde se pose dessus, ça fait quelque chose de plus pop. Enfin voilà, je crois même que j’vous en avais jamais parlé de ça…
Manon :  C’est ce que j’allais dire, elle est bien cette interview, elle est fluide ! 
Arthur : En tout cas ce qui me touche le plus, et depuis un bon moment, ce sont les sons qui te font visualiser un paysage. 

Goosebump : Du genre carte postale et palmier ? 

Manon : Non, plutôt froid… 
Arthur : Plutôt pluie même ! (rires)

Goosebump : Pour parler de ce que vous racontez dans Rise, c’est une relation qui se créé au fil des sons et qui s'accélère rapidement. On retrouve surtout cette idée que notre environnement nous oppresse, et qu’on a tous besoin de ces moments festifs pour se laisser aller et se sentir mieux. C’est votre ressenti personnel ? 

Arthur : Ouais, c’est personnel. J’crois qu’on a tous besoin de sortir un peu de soi, de temps en temps, de se faire violence.

Goosebump : Du coup c’est une sorte de thérapie ?

Manon : Ouais au moment où c’est tombé bizarrement, c’était plus ou moins ça. On a enjolivé certains trucs pour que ça soit mieux scénarisé et plus logique… 

Nassim : C'est de la fiction !
Manon : Oui oui c’est de la fiction, mais bien sûr on s’inspire de nos vies, et puis plein de gens vivent ça, l’amour fou et puis d’un coup, plus rien. 

Goosebump : C’est bizarre que tu parles d’amour parce que pour moi le temps des 5 titres de l’EP équivalait à une soirée… 

Nassim : C’est ça, enfin justement ce sont les deux. Il y a une analogie entre les deux. À part le premier morceau, Remains, qui donne le contexte de l’histoire où on parle de deux cœurs brisés, les quatre autres morceaux qui suivent se déroulent en l’espace d’une douzaine d’heures, une soirée. Le but c’est de montrer qu’avec une étincelle, tout peut changer. En partant d’un état d’esprit très négatif, en mode l’amour ça ne fonctionne pas, on n'arrivera jamais à passer à autre chose, tout peut changer en l’espace d’une soirée. 

Goosebump : Le son de clôture et éponyme de l’EP, Rise, laisse penser à un possible futur heureux, comme une sorte d’happy end moderne. Mais en sachant que le prochain EP s’appelle Fall, j’imagine qu’on est dans une toute autre ambiance… 

Nassim : Ouais c’est ça. C’est lié au fait que la relation se soit créée aussi vite, et en plus, il faut pas oublier qu’on parle de deux personnes au cœur brisé avec un bagage émotionnel. On s’est dit que le premier morceau de Fall démarrerait quelques mois après le dernier morceau Rise. Dans le refrain de Rise, justement, il y a un petit clin d’oeil avec « I’m falling head over heels » (ndlr : tomber la tête la première littéralement, tomber follement amoureux dans son utilisation) et ça laisse peut-être prévoir quelque chose… 

Goosebump : Sur le très explicite Take-Off, j’ai dû réécouter plusieurs fois pour vraiment comprendre toutes les subtilités. C’est là que l'on voit que l’anglais aide !

Nassim : C’est vrai qu’elle peut être un peu hardcore, mais on avait envie de faire un truc réaliste. 
Manon : On en avait marre des trucs édulcorés.
Nassim : Voilà c’est ça, on sort de boîte, on est bourrés, on a envie que d’une chose, c’est de baiser, même pas de faire l’amour. 

Goosebump : Pour finir, je vous laisse annoncer votre agenda et les scènes où vous passerez bientôt.

Arthur : C’est vrai qu’on est sur pas mal de dates ! Bon déjà la Release Party à Bizarre! de notre EP Rise, qui est aussi la première partie de Illa J, un vrai rêve pour moi. Enfin mon rêve, c’est de jouer avec lui, mais c’est déjà pas mal. Une semaine après on joue à Musilac Mont-Blanc, on fait la première partie d’IAM, Orelsan et Lomepal. On ira à Jazz à Vienne le 7 juillet sur les scènes de Cybèle. Après j’ai dû en oublier quelques unes, mais t’as les plus importantes ! 

Vous pouvez aussi retrouver dès maintenant l'EP Rise de Supa Dupa sur toutes les plateformes de streaming ☞ http://smarturl.it/np47ja

Remerciement à Lucille Mouret pour les photos et Olivier 'Fisto' Cheravola. 


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