[INTERVIEW] Zamdane : « Le rap français il pue la merde comparé au rap marocain ! »

[INTERVIEW] Zamdane : « Le rap français il pue la merde comparé au rap marocain ! »

Après quelques galères de transports (on dit merci la SNCF !), on a pu discuter avec le prometteur Zamdane. Entre ses balances et son concert au MaMa festival qu’on vous a fait revivre, il s’est confié sur ses futurs projets, son fonctionnement en studio ou encore sur son rapport à la drogue. Après avoir sorti son premier projet 20’s, il revient avec une série de freestyles (dont le premier extrait est disponible ici), et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. 

 

Goosebump : Bonsoir Zamdane, merci de nous accorder ces quelques minutes. Si tu pouvais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore… 

Zamdane : Moi c’est Zamdane, j’ai 21 ans, je viens du Maroc. Ça fait maintenant trois ans que je vis en France, et je fais du son. 

G : On peut savoir l’origine de ton nom de scène ? 

Z : Parce qu’on m’appelle comme ça depuis que je suis petit… Mon nom de famille c’est Zaidane, et du coups mes proches ont rajoutés un « m » parce que… Nan ça faut pas le balancer ! (rires) 

 

G : Quand t’es arrivé en France, tu t’es directement installé à Marseille. Pourquoi avoir choisi Marseille et pas la capitale ? 

Z : Tu te sens petit à Paname.. Tu vois trop de têtes. À Marseille, déjà, t’as que deux lignes de métro, et si tu veux aller à la plage t’es à quelques arrêts depuis le centre-ville. Je n’aime pas le métro parisien, quand je bouge j’aime pas voir trop de tête. Paris c’est trop grand, même si au niveau de la musique il y a beaucoup de choses qui se passe ici. Après, si j’ai pas le choix et que c’est pour le taf, j’irais. Si j’ai des meilleurs studios ici, une meilleure équipe ici, forcément, je viendrai m’installer. Mais pour l’instant, je ressens pas le besoin d’habiter à Paris. Le jour où je ressentirai le besoin, je ferais l’effort. 

G : T’as commencé à écrire quand tu étais encore au Maroc ? 

Z : J’ai commencé quand je suis arrivé en France. J’ai jamais vraiment kiffer le rap avant…

G : En ce moment on assiste à une explosion de la scène rap au Maroc…

Z : (il coupe) Ah j’vais big up des potos ! 

G : … Avec Shayfeen et Madd notamment, comment tu perçois leur musique ?

Z : Moi je les ai pas vus personnellement, même si je connais Toto (un autre rappeur marocain, NDLR). Je trouve qu’actuellement, le Maroc a une scène rap incroyable. Ils sont cheatés c’est des machines de guerre ! Pour moi le rap français il pue la merde comparé au rap marocain. J’en écoute énormément, même Bliss il écoute ça avec moi alors qu’il ne parle pas arabe. Et il chante dessus et fait les backs ! C’est trop chaud. L’autotune, les flows, leur maîtrise, ils sont incroyables. Toto, Madd, Shayfeen, je valide clairement. 

 

G : La semaine prochaine, tu vas sortir le projet Affamé (le son est depuis disponible ici, NDLR), avec cinq clips que t’es allé tourner au Maroc. Tu peux nous en dire un peu plus ? 

Z : C’est exactement ça. Je vais sortir un son toutes les deux semaines. J’ai fait cinq freestyles avec des prods sur lesquelles j’ai pas trop l’habitude de poser, mais qui me ressemble plus. Pour moi c’est un projet de transition. En vérité, je peux pas ne pas être vrai dans ce que je fais, parler de choses que j’ai pas vécu. À un moment j’ai trouvé que je me perdais un peu, je perdais mes bases. Du coup, je me suis dit autant envoyer un projet de transition où je fais que rapper. Comme ça je ferme bien des bouches.

G : Au niveau des clips et de leur tournage, tu peux nous en dire un peu plus ? C’était pas trop galère avec les autorités marocaines ? 

Z : Du coup, quand je rentre au Maroc, je rentre chez moi. On va pas à l’hôtel ou quoi, on avait à manger, on était logés, on devait juste sortir et tourner les clips. Je suis parti cinq jours avec Paul Maillot. Et Paul, il charbonne aussi de son côté, il avait d’autres tournages de prévu, donc c’est le seul créneau où il était disponible, et encore, j’ai gratté un cinquième jour ! Et du coup avec les autorités, on a fait ça en scred’ de fou. On n’avait pas les autorisations, ils auraient même pu nous faire chier à l’aéroport pour le matos de Paul. Mais bon au final tout s’est bien passé. J’ai clippé chez moi dans mon quartier, chez des potos… Tranquille, on a fait les choses discrètement. 

 

G : On a vu dans une interview de toi que tu t’essayais à d’autres styles, comme de la drum’n’bass ou de la house. Comment tu définirais ton univers musical, et est-ce que tu te verrais sortir un projet alternatif par rapport à ce qui se fait dans le rap en ce moment ? 

Z : J’aime trop la musique, et je peux tout faire tant que ça me ressemble. J’aime pas appeler ça de la zumba, mais même de la zumba je peux en faire si ça me parle et si c’est pas ridicule. C’est du son, et moi je m’enjaille sur tout donc j’aimerai tout faire. Après, c’est par étape, déjà j’aimerais consolider mon truc, montrer aux gens que tu découpes parce qu’en France, on te demande de faire tes preuves… Et même dans tous les cas faut faire ses preuves, c’est important. Mais après pourquoi pas ! Même à partir du prochain projet ou encore celui d’après… Je montre que de base je rap, et après on verra. Avec 20’s, j’ai un peu dit aux gens qu’il ne fallait pas me mettre dans une case, je m’en fou de ce que vous pensez et je fais la musique que je veux quand j’en ai envie selon mon mood

G : À l’occasion de questions-réponses sur tes réseaux, t’as annoncé qu’il n’y avait pas de featuring sur ton projet parce que tu voulais pas de couplet de merde… 

Z : (il coupe) C’était une blague ! C’était juste marrant ! (rires)

G : Peut-être que ça vient d’une expérience que t’as vécu… 

Z : (il coupe encore) Non, non, non… Non vraiment pas. À chaque fois que j’ai fait un son avec quelqu’un, même sur les sons qui ne sont pas sortis, j’ai jamais été déçu des couplets des gens et j’ai jamais déçu des gens sur mes couplets. J’suis honnête avec les gens et j’espère que les gens sont honnêtes avec moi. Je demande beaucoup l’avis à ceux qui m’entourent au moment où je crée un truc, et ils ne me mentent pas, quand il y a un problème avec ce que je fais, ils me le disent. 

 

G : Si t’as pas de featuring sur ce projet, c’est peut-être aussi lié au fait que tu voulais montrer ce que toi tu savais faire ? 

Z : J’aime bien être solo, j’aime bien tout porter sur mon dos, tout faire tout seul… je kiffe. Même si, attention, j’ai toute mon équipe avec moi, on est tous ensemble. Mais dans mon projet solo, je veux pas dépendre de la notoriété d’untel ou du style d’untel. Même pour le projet qui va suivre Affamé, je pense que je resterai seul. 

G : Mais d’une manière générale c’est quoi ton rapport au featuring ? Est-ce que tu penses que t’associer avec quelqu’un pendant le processus créatif ça pourrait t’apporter quelque chose ? 

Z : Déjà j’aime le son, et quand je me retrouve à faire de la musique avec une personne c’est que la personne je la connais, que je m’entends bien avec elle et que j’aime son univers. J’aime bien être dans un studio et faire un son avec un autre esprit créatif. C’est toujours mieux d’avoir deux cerveaux qui réfléchissent pour faire un son, ton cerveau seul, il aura toujours ses propres limites que t’auras du mal à briser que ce soit au niveau des toplines, des flows, des mélodies… Avoir des personnes autour de toi qui ont une vision différente, qui n’est pas forcément meilleure ni moins bonne, mais qui peut t’apporter quelque chose. Collaborer avec des gens ça ne me dérange absolument pas, tant qu’ils sont bien attentionnés et qu’on peut s’apporter un truc mutuellement.

G : Et au niveau du processus en studio, tu travailles tout le temps avec les mêmes personnes aux commandes, notamment au niveau de la production ? 

Z : Pas du tout ! J’suis ouvert à tout les propositions. Il y a des gens avec qui j’aimerais bien collaborer. En ce moment, je trouve qu’Eazy Dew est ultra chaud, Le Motif avec Junior à la prod et Swaggaguru pareils ils sont trop chauds, je valide à fond. 

 

G : On parlait de ton entourage dans le sud, par exemple Disaster qui a carrément un son à son nom sur 20’s… 

Z : Disaster c’est mon manager, et c’est une marque de vêtements aussi. Mais oui pour le son, c’était évident, c’est la famille, et on sortira probablement d’autres Disaster. Pourquoi pas même sortir un projet qui s’appelle Disaster

G : On va parler de ton rapport à la drogue, qui est plus que présent dans ta musique. Mais la façon dont tu abordes le sujet diffère de l’approche classique de ce qu’on voit dans le rap… 

Z : Mon rapport à la drogue… (il réfléchit). Ça suit beaucoup ma personnalité, je me pose constamment des questions, j’ai l’impression que je suis habité par un esprit qui me casse les couilles. Et il me pose trop de questions qui font que je me remets tout le temps en question. Je vais fumer et m’amuser quand je suis dehors, mais dès que je rentre chez moi et que je m’en fume un, je me dis « putain, tu déconnes ! », après je me réveille pas le matin… Je sais que c’est pas bon, et même si je suis personne pour dire aux autres de ne pas le faire, je sais que ça m’est pas essentiel. Ma créativité ne dépend pas de ça, la plupart du temps j’écris sans fumette. Je me dis juste que ça serait mieux d’arrêter pour moi-même, déjà ça me fera économiser, je pourrais me payer un loyer avec ce que je fume par mois ! Ça me permettra d’avoir les yeux plus ouverts aussi, parce que j’ai des yeux bridés et quand je fume un pet, c’est la merde, mes yeux on dirait deux schnecks !

 

G : Ce soir t’es à la programmation du MaMA Festival, qui regroupe un grand nombre de professionnels de la musique, est-ce que tu attends quelque chose de particulier de cette soirée ? 

Z : Alors pour être direct, on nous a payé les billets de train à moi et toute mon équipe pour le week-end, un airbnb, toute l’équipe a un cachet pour la soirée… Et en plus, les gens qui vont assister au concert, même s’ils ne s’enjaillent pas, ils vont nous payer et nous booker encore ! Dans tous les cas ça ouvre des portes, donc je vais faire mon travail et me donner à fond comme d’habitude… En vrai, je suis content, regarde où on est (il montre le Moulin Rouge), je joue au Moulin Rouge, c’est de la frappe ! Qu’il y est des professionnels, des chats ou des chiens, moi j’suis content ! Il y a un an je jouais devant six personnes… 

 

G : Grünt t’a honoré avec l’épisode 34, où tu as eu la chance d’inviter qui tu voulais, comment s’est déroulée la connexion ? 

Z : J’ai ramené tout ceux qui voulaient venir, toutes les personnes qui m’ont demandés si elles pouvaient venir, je leur ai dit « venez ! ». Après au niveau de la connexion, je vais dire une phrase qui va tout résumer, Jean Morel c’est le meilleur gars dans ce putain de milieu. C’est le meilleur humain, un gars vrai qui donne de la force à tout le monde. Pour moi c’est mon chouchou JM. Il a juste écouté, il a partagé, il m’a envoyé un message « t’es chaud on fait un freestyle dans le sud ? » et bam, premier Grünt du sud. On aurait pu faire mieux, mais on est content. C’est un honneur. J’écoutais pas de rap avant, et même si je connaissais Grünt, j’ai vu celui de Nekfeu etc, mais pour d’autres qui sont venus poser c’est différent, ils rêvent de ça depuis qu’ils sont mômes. J’ai vraiment vu qu’ils étaient enthousiastes, et même moi, je vais pas mentir, je l’étais aussi. 

G : Pour la dernière question, on se demandait quelles étaient tes influences du moment, et surtout sur quel son t’as pris une gifle dernièrement ? 

Z : J’écoute énormément SCH. É-nor-mé-ment SCH. J’ai pas écouté JVLIVS encore (l’album de SCH venait de sortir la journée même, NDLR). J’ai écouté Otto et je me suis pris une gifle, pour Pharmacie pareil, après je suis revenu sur son freestyle Skyrock, après j’ai réécouté Gomorra… (il mime des gifles). Après Ninho j’écoute énormément, Kpoint j’écoute beaucoup et c’est ma gifle de l’année. Niska j’aime beaucoup, j’écoute aussi une maquette de Bliss qui n’est pas encore sortie et qui est incroyable. J’écoute beaucoup de rap de quartier en ce moment, j’adore ça, ça kick sale, c’est vrai, et ça me fait plaisir d’écouter ça. Après en ‘ricain, j’écoute Trippie Redd, XXXtentacion, Nav, Valee, Lil BabySheck Wes aussi. Swae Lee c’est un tueur. 

En tout cas ma dernière vrai gifle c’est, Otto de SCH, et avant c’était Prisonnier du globe de Kpoint

 

G : Merci pour cette interview et bonne chance pour la suite de tes projets ! 

Z : Merci à vous ! 


Et c’est sur ces paroles que nous partons savourer des mets thaïlandais bien mérités après avoir été conviés à la table par Disaster. Naturel et spontané, Zamdane ne se fixe pas de limites et continue d’explorer différents horizons musicaux. Il va falloir bien suivre son évolution et la suite de ses projets, car il n’a pas l’intention de s’arrêter de si tôt.


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