La Bringue rencontre Kaffe Crème

La Bringue rencontre Kaffe Crème

Kaffe Crème, c’est une house groovy et léchée, aux accents jazz à mi-chemin entre la musique d’hier et celle de demain. Fan depuis longtemps, nous sommes allé le rencontrer juste pour vous.

Alors, tu es de St Etienne à la base ?

De la région oui, j’ai fait mes études au conservatoire de Saint Etienne en percussions classiques, assez jeune. En parallèle j’ai fait de la musique électronique sur mon ordinateur, surtout du live au début. Après je suis parti à Lyon, pour mes études. J’ai fait une formation d’enseignement de la musique et j’ai passé mon diplôme d’Etat en percussions classiques et musiques électroniques l’année dernière.

Justement, tu as publié un mémoire sur l’enseignement des musiques électroniques.

Oui, sur comment l’enseigner pour ne pas en dénaturer l’esprit et les pratiques et de l’intégrer dans les institutions musicales, les conservatoires etc… Sachant qu’il y a déjà une présence de cours électroniques, pas électroniques même, mais surtout le travail de logiciels comme Logic ou Ableton. Je connais quelques cours existants en France, assez nombreux maintenant avec les musiques actuelles qui foisonnent sur tous les conservatoires, mais il n’y a pas vraiment cette approche d’enseigner, non pas une pratique mais une démarche de faire de la musique électronique. 

Au vu de comment elle a été faite depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, c’est souvent par tâtonnement et par l’aspect technologique qui change à fond, les gens sont imprégnés de ça et se sont mis à créer des choses nouvelles. C’est pour ça que je me suis dis que si l’on devait l’enseigner il faudrait l’aborder de cette manière là pour éviter d’en dénaturer l’esprit. 

C’est à dire qu’au conservatoire on apprend le piano, on apprend la musique avec les partitions, les répertoires qui sont créés et on te dit qu’il faut jouer comme ci ou comme ça et, au final, si on apprenait la musique électronique de cette manière, si on la mettait dans l’institution, je ne sais pas si ça rendrait des choses…

Et est-ce que ça a eu un impact sur toi, sur ton travail en tant que musicien?

D’enseigner ?

Oui, d’enseigner, de gérer ton projet avec DUNCE l’année dernière etc…

DUNCE est un projet pédagogique monté par Kaffe Crème en 2016 dans le cadre duquel il a supervisé 4 étudiants non musiciens dans la création d’un live électronique.

Oui ça a eu un impact, ça a forcément un impact. Dans ma manière de produire, je peux vite m’arrêter sur une manière de faire que j’ai déjà prise en compte dans mes productions précédentes, où je vais toujours faire la même chose. Justement, de voir des élèves comme le projet DUNCE, qui vont vraiment tâtonner et créer quelque chose à partir de rien, je vais revenir, et c’est ça qui est cool, à faire des morceaux ou tu réapprends totalement ton outil de production.

On a parlé de ton parcours musical, maintenant quels sont tes mots d’ordres en matière de composition, quel est ton process pour produire un chanson ?

Bah regarde, on tombe pile poil sur le moment !

Il se lève et rembobine légèrement le vinyle qui passe en fond pour boucler quelques notes de piano.

Souvent ce que je fais c’est ça. Je suis passé par plusieurs manières de produire mais ça, ça doit être l’une des techniques que je dois utiliser le plus souvent, voir c’est l’élément principal, caractéristique de mes productions : le sample et la manière dont je vais chercher les samples. 

C’est récemment que je me suis vraiment intéressé à la contrainte d’acheter des vinyles, parce que j’en ai marre d’aller chercher sur youtube, je vais y trouver pleins de trucs et ça ne contraint pas assez ma production. Maintenant je me retrouve à vouloir prendre des vinyles et les bidouiller, essayer de trouver des endroits, faire des choses par erreur et c’est souvent comme ça, souvent par l’erreur que je vais essayer de créer un morceau. 

Très souvent dans mon processus, vu par mes études de percussion, je crée mes batteries, de manière différentes. Parfois j’utilise juste un sample et je rajoute un drum rack avec pleins d’éléments de grosse caisse, caisse claire… Sinon je reprends du sample de batterie et j’interchange les cellules pour créer de nouvelles séquences. Dernièrement je m’inspire vraiment du broken beat, où je casse les rythmes, dans le sens où je viens créer des silences, couper. Mais je pense qu’il y a vraiment plein de manières de faire, je peux te faire écouter plein de sons… T’as pu écouter un peu les productions que j’ai faites ?

Oui bien sûr, j’aime beaucoup Jack My Sista’.

Il lance la chanson

 

Alors, je suis parti sur un sample, (le tout premier son que l’on peut entendre) en essayant vraiment de m’inspirer de ce que fait Ben La Desh, ce principe d’évolution du sample, qui est présent, c’est un ostinato harmonique, mélodique présent tout le temps. Puis après je rajoute mes éléments de batterie pour donner cette rythmique, il y a un sample de batterie derrière, en plus du drum rack que j’avais créé au début. Je rajoute des claviers d’harmonie. Ça c’était vraiment, très classique dans la manière de produire, dans les éléments de phases, tu as plein d’éléments et après tu les faits phaser différemment.

Il y a eu Kapo Choc où là c’était une manière différente de produire.

Il lance la chanson

Là justement, pour les éléments de batterie, il y a un kick, et en plus il y a des bouts de batterie qui sont juste posés là pour créer une nouvelle rythmique, ça provient justement d’un sample de batterie que j’avais récupéré. Une radio espagnole derrière, on l’entend en fond. Puis un petit synthé là dans la montée.

C’est le principe du sample jazz. Maintenant je viens vraiment me fixer sur du sample jazz, parce que c’est vraiment la musique que je kiffe aujourd’hui, qui me fait vibrer et que j’ai vraiment envie d’amener dans la House. 

Parce que Kaffe Crème, on pourrait dire que c’est de la house mais à coté de ça je fais plein d’autres trucs, je fais du Punk, j’ai composé pour un orchestre classique. Là je suis en train de monter un live jazz house avec des instrumentistes, c’est assez global au final Kaffe Crème.

Il y a quand même des personnes qui se tournent vers le jazz après avoir écouté des productions plus house qui vont elles sampler du jazz, comme les tiennes, c’est plutôt une bonne chose.

Moi même j’ai déjà écouté du jazz, j’ai déjà pratiqué dans des big bands, dans des brass bands, sur des trucs très écrits, sur partition et je n’ai jamais vraiment pris le temps d’aller en écouter réellement. 

C’est depuis la culture du vinyle, quand je suis rentré dedans, à m’acheter des disques, et depuis que je me suis mis à écouter de la musique électronique, en cherchant à chaque fois, que je me suis mis à réécouter du jazz. Du coup, peut-être que je refais la même chose que certains artistes qui m’ont influencé pour aller réécouter du jazz. Je serais content d’avoir ce statut là mais c’est c’est un truc qui vient à coté. 

C’est un désir aussi où, quand je vais en club, j’adorerais jouer de plus en plus ce genre de choses. Il y a cette difficulté là sur certains publics qui demandent un style de musique, on vient te voir, c’est pour bouncer, pour danser, pour passer une grosse soirée et des fois ce genre de musiques là c’est pas forcément un truc qui le faciliterait. 

Mais il y a toujours moyen, tu viens sur un truc ou t’envoies de la grosse House et puis… Ça m’est arrivé, je jouais au Petit Salon et j’avais passé du Animal Collective, un morceau que j’ai réédité qui s’appelle Brothers Sport. J’ai juste rajouté un kick, c’est un morceau vraiment expérimental et quand je l’avais joué, ça avait foutu le feu. Au milieu, il y a une partie de transition avec des cris qui dure quasiment 3 minutes. Au final c’est un morceau qui fait danser et même plus, mettre en transe les gens, qui sonne très expé et en même temps super joyeux. 

C’est pour ça que dans mes sets je me permets de vraiment varier les plaisirs et j’essaie de passer du jazz, de la disco, de la funk, de la house, de la musique expérimentale, de la musique traditionnelle de n’importe quel pays, du hip hop aussi… Vraiment, j’aime essayer de varier pour éviter de me figer dans un truc, les DJ sets house et pure house du début à la fin, ça me saoule, c’est pas quelque chose qui me fait plaisir au final.

Justement, pour t’avoir vu en set, tu es hyper proche de ton public comme Dj tu joue avec les gens, on sent que tu les titilles, qu’il y a une connexion, que tu n’es pas juste un mec derrière ses platines qui passe ses sons pour se faire kiffer lui même, t’as vraiment un truc où tu chauffes, tu connectes avec les gens que l’on voit assez peu chez les Dj en temps normal. Est-ce que c’est fait exprès ?

Après, c’est toi qui le ressens comme ça et je pense qu’il y a plein d’autre gens qui le ressentent différemment mais, comment expliquer.. Depuis tout petit j’ai vraiment un amour de la scène, c’est quelque chose qui me fait kiffer d’être sur scène et de jouer pour le public, dans pleins de projets différents, autant de jouer en groupe et d’être un percussionniste derrière… Au final, c’est pour ça que j’ai kiffé le DJ set, la technique est plus facile, mais elle est dans un autre style. Le plus difficile c’est justement de capter les gens. Et j’essaie de capter ça parce que les gens viennent pour une soirée, ils viennent pour écouter de la zik, pour danser et se faire kiffer quoi, et quand tu as quelqu’un qui kiffe devant toi, je pense que tu kiffe aussi.

Est-ce qu’on pourrait parler un peu de Moonrise Hill Material, le label que tu as cofondé avec Folamour, Ethyène et Okwa, ça fait combien de temps ?

Alors, ça va faire deux ans, et ça fait depuis septembre 2015 qu’on a fait la première sortie. Première sortie Various pour présenter le label et les quatre artistes donc Folamour, moi, Ethyène et Okwa sur la face B. Ensuite, il y a eu mon EP en janvier, Kaffe Crème EP, il y a eu Oyabun EP de Folamour en mars et il y a eu Ethyène en septembre avec Sounds from the Streets. Là il va y avoir 2 various qui vont sortir, le premier Love Me Some Friends, avec Ethyène, Folamour, Labat et Tochigi Canopy, il est déjà en vente sur toutes les plateformes et le deuxième avec Okwa, Marco Bianco, G2S et moi-même. Sur les various on s’est dit autant inviter des amis, des gens qui nous sont proches, avec qui on aime bien faire de la musique. Puis on envoie bientôt au mastering le prochain EP d'Okwa qui présente son projet Saint-Paul, un EP qui promet !

Et par rapport à la scène lyonnaise, ton opinion sur ce qui se passe en ce moment à Lyon au niveau des musiques électroniques, la scène, sur ce que tu vois de ce qui se passe ici, toi en étant un acteur assez reconnu ici à Lyon ?

Après, acteur reconnu… Ça me change pas de ce qu’il y avait il y a deux ans, musicalement on fait toujours la même chose et je reste assez proche de ce qui se fait, à basse ou grande échelle. Nous avec Moonrise on s’inscrit sur la scène lyonnaise, on essaie vraiment de mettre notre patte musicale, parce qu’il manquait un peu cet esprit de la house que nous on veut faire, autant complètement différente parce que Folamour fait des trucs différents de ce que je fais, Ethyène et Okwa aussi. 

On fait tous des trucs différents mais on avait cette nécessité là de se créer notre propre label pour pouvoir avoir une visibilité auprès d’artistes que l’on apprécie aux alentours. Aujourd’hui on est content parce que Monorise prend vraiment de l’ampleur et marche plutôt très bien, dans les ventes autant que dans les écoutes, on ne prévoit que du bon pour la suite. 

Par rapport à l’esprit de Lyon, c’est super cool, moi je ne viens pas forcément de Lyon et je connais pas trop cette culture là de me dire que ça monte, l’esprit lyonnais, les labels lyonnais, mais je vois qu’il y en a de plus en plus, des jeunes qui sortent, des lyonnais qui font de la musique et c’est super cool, qu'il y ait cette effervescence et qu’il y ait un peu ce chauvinisme. Pas forcément chauvin mais ouvert sur l’étranger, sur ce qui se passe en France, tout en étant, en fait, une page qui est propre à chacun. Je suis content de ce qui se passe à Lyon. Enfin, je sais pas si c’était ça la question ?

C’était de parler de tout ce qui se passe à Lyon. Tu vois, en habitant à Paris maintenant c’est très fréquent que quand je rencontre quelqu’un en soirée et que je lui dise que je viens de Lyon, il me réponde « Ah putain Lyon il faut absolument que j’y aille, j’y suis jamais allé mais en ce moment ça bouge, il y a des trucs, on en parle tout le temps, il paraît que c’est super bien », il y a une espèce, pas de reconnaissance, mais même à Paris qui a toujours eu une sorte d’ampleur sur toute la France, qui prends toute la place, les parisiens commencent à se dire que Lyon c’est du sérieux aussi. Il n’y a pas que Lyon, dans la région ça bouge pas mal. Là il y a le Positive Education qui arrive…

A St-É là !

Ouais, on en parle aussi pas mal !

Carrément, St Etienne, j’en viens puis j’ai une résidence au F2 là bas où j’invite tous mes potes et des gros artistes, il y a eu Pablo Valentino pour la première, il y avait Folamour pour la dernière, il va y avoir Labat et petit à petit je pense que je vais ramener des gens de partout en France, puis d’autres pays. 

Et Positive, je les connais depuis un moment, ils font énormément bouger Saint-Etienne, ne serait-ce que bouger d’un point de vue urbain les lieux qu’ils trouvent. Musicalement, c’est tellement pointu !

Et est-ce que tu penses qu’il est possible d’entretenir une carrière d’artiste à StE, aussi facilement qu’à Lyon, ou est-ce que c’est plus compliqué ?

Après, établir une carrière, c’est quoi ? Tu veux l’établir dans quoi ? Moi à StE je peux établir une carrière, mais pas forcément dans la house ni dans le Djing, je pourrais l’établir sur des projets plus transdisciplinaires, avec des architectes, des designers, vu que ça marche bien à StE. 

J’ai fait un truc pour la biennale du design, un court métrage pour lequel j’ai fait la bande son. Dans ce milieu là, c’est plutôt cool, et c’est pour ça que je garde toujours un pied à StE et qu’il y du bon à prendre, dans ce milieu là, j’essaie d’établir ma carrière sur pleins de points, sur des trucs complètement différents, variés, diversifiés et vraiment transdisiplinaires, des projets transversaux, qui ne se croisent des fois pas vraiment mais qui, au final, se rejoignent par ma manière de faire, je vais intégrer un peu de mon truc dans un projet qui est quelque chose que je ne fais pas, et c’est cool.

Tu cherches un peu des projets de ce type ou l’on vient te les proposer ? Est-ce que tu as envie d’aller sur la transdisciplinarité ?

Je suis demandeur mais, en même temps, j’aime bien quand on vient me voir et qu’on me dit j’aime bien ce que tu fais, j’aimerais bien que tu poses pour un truc. J’aime aussi aider des gens qui ont des projets intéressants, pas forcément pour une visibilité forte, mais que ce soit quelque chose d’intéressant artistiquement. 

Je pense qu’il y a plein de choses à faire et c’est pout ça que j’essaie de varier. Musicalement dans Kaffe Crème, je m’inspire de tous ces trucs là, ça ne vient pas forcément se mettre directement en surface mais ça s’inscrit dans un projet… Ça pourrait être Victor Dijoud et ses différents projets !

Retrouvez Kaffe Crème sur facebook et soundcloud.

Retrouvez Moonrise Hill Material sur facebook et soundcloud.

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