#1 Kiétu Vald ?

#1 Kiétu Vald ?

« Un jour dans une église, y’aura ma gueule en aquarelle. » À défaut d’être dans une église en aquarelle, Vald est sur un vitrail de la pochette de son album Agartha. C’est déjà ça. Comme un accomplissement, l’album marque une exposition médiatique grandissante, un public qui s’élargit et des concerts toujours plus fous. Et pourtant, il est un des rares à développer une ambiguïté folle. Entre troll venu d’autre part et génie incompris, chacun voit en Vald ce qu’il veut, et il semble s’y habituer. Retour sur ses débuts et sur une personnalité complexe.

Valentin, ou Vald, grandit dans les années 90 et 2000 à Aulnay-sous-Bois. Il découvre le rap assez tard, vers 15 ans. Ses premiers contacts avec le rap français, c'est avec Kery James ou encore la Sexion d’Assaut. Il commence à rapper à 17 ans. En parallèle, il passe son bac, tente la première année de médecine avant de faire une licence maths-info. Il ira aussi dans une école d’ingénieur du son, histoire de parfaire le CV de bon élève.

Il se fait connaître, comme la majorité des rappeurs, sur internet. Il sort sa première mixtape gratuite NQNTMQMQMB (Ni Queue Ni Tête Mais Qui Met Quand Même Bien) en 2012. Fin 2011, il balance deux freestyles qui marque les esprits et qui lui permet de se faire un nom auprès des « puristes ». 

Les deux sons montrent déjà une personnalité affirmée, entre jeune adulte branleur et kickeur fou. On remarque aussi qu’un certain Suikon Blaz AD est déjà présent proche du rappeur. La première mixtape montre un talent d’écriture certain et un goût pour raconter les histoires. L’utilisation de l’égotrip est déjà présente, mais il reste plutôt restreint dans les thèmes abordés. 

Et puis arrive son premier EP en 2014, NQNT (Ni Queue Ni Tête). Il signe chez Mezoued Records et rentre dans la grande famille Capitol. C’est Tefa qui mise en premier sur lui. Coïncidence ou pas, dès le premier extrait Autiste, une petite polémique se forme. Des parents d’enfants autistes n’aiment pas tellement le refrain, ni le clip, dans lequel Vald tue des membres de sa famille.

Au final, un communiqué de Vald finissant par un magnifique « Et pour toutes ces raisons, je vous baise (avec cordialité) » calme le départ du feu. Et puis évidemment, il ne s’arrête pas là puisque le second extrait de son EP, Shoot un ministre, est clairement provocateur. Au-delà du titre assez explicite, on y voit le fameux ministre faire une quenelle devant le Sénat, à une époque où la polémique Dieudonné bat son plein. Pourtant, les retombées négatives sont limitées et au contraire, un public curieux entre dans le monde décalé de l’artiste. 

Le premier son tout public de Vald arrivera rapidement avec Bonjour. Une manière très spéciale d’imposer le respect, mais surtout un vrai succès. Et évidemment, les premiers haters sont de la partie. Assez simple et répétitif, on reproche pourtant au son de n’être qu’un vulgaire troll. Du coup, il réalise un clip complètement barré, avec un faux langage des signes histoire de finir son œuvre "trollesque". 

C’est le premier extrait de son second EP, NQNT2, qui sort un an après le premier. Un vrai projet, à la limite d’un album, dans lequel il démontre l’étendue de ses capacités. Il passe un vrai cap dans l’image, et on voit une augmentation de la qualité des vidéos tout en faisant confiance aux mêmes réalisateurs, Kub & Cristo. Les projets derrière les clips sont de plus en plus travaillés, et les deux trilogies Urbanisme et Selfie font grand bruit. Notamment pour Selfie, qui possède trois versions : une soft, une érotique, et une porno, retrouvable uniquement sur les sites adéquats. Rien que ça. 

Parmi les rencontres importantes, DJ Weedim en est certainement une. Produit en majorité par BBP, Dolor et Sirius, Weedim amène Vald dans une autre dimension. Non pas que les autres beatmakers soient mauvais, au contraire, mais la vision de Weedim, très inspiré de la ville d’Atlanta, apporte de la fraicheur dans la production. 

Il sort son album Agartha en janvier 2017, produit par les 4 noms déjà cités. Mais un autre producteur vient pointer le bout de son nez : Seezy. C’est encore celui qui a produit la majorité de Xeu, mais surtout un très très jeune producteur qui a placé des prods pour Niro, Sofiane, Niska, et même Ninho. (et aussi Gradur, Alkpote, Kery James, Take a Mic, YL… bon ok j’arrête). Une très longue liste pour une si jeune carrière. 

Avec des sons comme Vitrine, Ma meilleur amie ou encore Petite chatte, Vald ouvre encore son spectre musical, tente des choses et c’est plutôt réussi. La présence du rappeur belge, des sons trap puissants, des titres qui rentrent en radio : pari atteint pour Vald.

Capable de passer chez Hanouna et Ardisson pour sa promo (même si on ne risque pas de le revoir de sitôt dans le petit écran, plus d'explications ici), et d'écrire un son comme Mégadose, Vald a une personnalité complexe. Malgré tout, il garde une cohérence et marque par ses apparitions, comme celle sur le Grand Journal à quelques jours de l'investiture du Président Donald Trump. 

Dans son rap formé de multi syllabiques à foison, Vald cherche à choquer, à provoquer une réaction, à faire réfléchir. Son incroyable flegme et l’insolence à foison n’aident pas à s’attacher au personnage. Mais elle lui donne un côté mystérieux et intriguant, ce qui explique le fait qu’il soit élevé au rang de troll par une partie du public rap. C’est très simple, il y a d’un coté ceux qui pensent que Vald se moque royalement de son public et du rap, d’autres le voit comme un génie incompris. Et il en joue. Il détourne avec une facilité impressionnante la pensée complotiste de Killuminaty en analysant son propre son Mégadose

Même s’il répète qu’il n’aime pas le premier degré (plutôt le 33ème), Vald use de son insolence et de son intelligence pour se jouer des règles et des normes. Que ce soit au travers de cette vidéo, ou lorsqu’il vient dire dans le refrain d’Eurotrap « comment faire du rap sans être dissident ? » alors que le son n’est pas dissident, il en est conscient et il rigole bien derrière son écran. 

Son dernier album Xeu propose une version peut être moins insolente de son œuvre. Plus sérieux, l’album part de constats sombres et froids et cherche à les éviter avec un conditionnement mental. Au final, seules les 4 dernières tracks laissent entrevoir une autre facette de Vald, avec un Deviens génial incroyable. Peut-être plus personnel qu’Agartha, Xeu est en tout cas le projet le plus sérieux, avec un second degré qui est beaucoup moins perceptible, même si le premier extrait reste plutôt taquin. 

Même avec un projet plus sérieux, ça n’empêche pas Vald de rigoler. Il a quand même trouver le moyen de créer un vrai/faux leak sur Twitter, qu’il avouera par la suite avoir organisé. Une manière de balancer les left-overs de l’album, puisqu’il avait réalisé environ trente titres, mais surtout une façon d’attirer l’attention et d’augmenter la hype. 

Vald propose une autre vision du rap, une vision propre à lui. Avec facilité, il arrive à remettre en question certains principes, et ne laisse généralement pas indifférent. Peu importe la norme, peu importe les codes, il s’amusera toujours autant à les déconstruire. Seul dans son monde, Vald est un soldat incompris. Un soldat qui se bat pour rien ni personne, mais un soldat dont le seul but est de détruire, en y prenant un malin plaisir. 


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