La curieuse politique aux entrées du Groom

La curieuse politique aux entrées du Groom

Après avoir hésité entre plusieurs soirées différentes (nous connaissons tous la qualité de la scène nocturne lyonnaise) ma bande et moi nous sommes dirigés samedi 25 novembre dernier au Groom. Ouvert récemment et affichant une programmation plus qu’alléchante, j’avais hâte de découvrir ce lieu dans lequel je me voyais bien établir mes petites habitudes. Il m’est en effet assez rare de voir un club qui, chaque semaine, programme un Dj que j’affectionne particulièrement avec la même constance, comme le fait le Groom.

Malheureusement, mon excitation fut de courte durée car je suis resté planté sur place dans le froid à Croix-Paquet, n’ayant pas réussi à passer la sacro-sainte porte d’entrée. On s’est déjà tous fait refouler devant une entrée de boîte (parfois avec de bonnes raisons, parfois sans raisons), moi y compris évidemment (c’est une chose qui bien que frustrante est tout à fait compréhensible) mais, personnellement, jamais pour le motif évoqué par la sécurité :

« désolé, il n’y a pas assez de filles à l’intérieur »

Après un rapide calcul, notre cerbère avait donc décidé qu’une fille et six garçons n’allaient pas aider à remonter ce ratio. Que diable, nous n’allions pas nous laisser abattre par ce simple mais catégorique « non » ! Nous tentons donc (comme tout bon relous) de négocier notre entrée avec le videur : « Nous sommes là pour la musique » lui dit-on  « le sexe d’une personne n’importe que très peu face aux enceintes ! ». Utopistes que nous sommes. Nous nous heurtons à un second et poli « non » car la consigne est imposée par la direction et qu’il n’est visiblement pas possible d’y déroger, malgré nos idéaux.

Imposée par la direction donc. Un message clair envoyé par cette direction du Groom qui nous fait un beau doigt d’honneur, à nous tous plantés dans le froid mais également à d’autres qui se battent pour porter des valeurs d’égalité. Un message qui nous montre que la qualité de la programmation n’a rien à voir avec une quelconque velléité de soutien d’une scène émergente méritant amplement un public mais juste à attirer des bêtes prêtes à consommer, appâtées dans le club par la promesse de rencontres charnelles.
 

Rappelons tout de même que les musiques électroniques, mouvements portés à la base par une communauté en partie gay, ont toujours prôné un message d’acceptation et de respect de l’autre et, même si la scène française est loin d’être irréprochable aujourd’hui (débat que nous laisseront cependant de côté pour le moment), elle se veut tout de même ouverte. Je pensais que ce genre de réflexion était l’apanage de boîtes de nuits « commerciales » dans lesquels la programmation musicale est de moindre importance aux oreilles du public (positionnement qui peu se comprendre, tout le monde n’accorde pas la même valeur à la programmation musicale).

A première vu le Groom semblerait donc avoir des difficultés à se positionner sur ce marché de la nuit, mais soit, passons. Intéressons-nous plutôt à ce qu’il peut être interprété derrière cette troublante phrase « il n’y a pas assez de filles à l’intérieur ».

Premièrement d’un point de vue légal la loi interdit techniquement les pratiques discriminatoires. Cependant, n’étant pas juriste et n’ayant pas réussi à trouver de réponses assez fiables sur internet pour en être certain, je ne peux pas m’assurer qu’il est effectivement interdit de refuser l’entrée d’un établissement de nuit à quelqu’un en fonction de son sexe (si toutefois l’une des personnes qui me lit peut m’apporter une réponse précise, j’en serai ravi !). Loin de moi cependant l’idée de glisser vers des théories fumeuses de sexisme inversé, là n’est pas l’objectif, ou d’affirmer que ce processus est discriminant pour les hommes, bien au contraire.

D’un point de vue moral, plusieurs questions sont à soulever. « Nous souhaitons éviter l’effet de bande qui peut être oppressant pour les femmes » est le genre de réponse qu’il serait possible de recevoir. Salto arrière, je retombe sur mes pieds et je me sors d’une situation inconfortable. Alors oui, il est vrai que le comportement de certains laisse grandement à désirer et ne fait pas honneur au sexe masculin. Il suffit de scroller son fil d’actualité Facebook ces derniers temps pour s’en rendre compte, un problème sociétal existant depuis trop longtemps surgit (trop tard) pour le bien de tous. Mon côté utopiste précédemment mentionné voudrait que je pense ce problème de sexisme diminué au sein d’une scène musicale qui se veut ouverte, jeune et moderne mais je n’en suis pas certain. Cependant en fréquentant assidument les soirées house il est assez rare de tomber sur des événements ou les hommes sont présents en écrasante majorité. Même si l’on n’est pas à 50/50 le ratio est (à vue de nez je le reconnais) plus haut qu’ailleurs et ce sans consignes imposées par la direction (il est compliqué de garantir un quelconque ratio pour les soirées sold out à l’avance sur internet par exemple). De plus, il serait possible de former le personnel présent à l’intérieur à garder un oeil ouvert et sévir envers les agresseurs ou les agresseurs potentiels, si Sam Carter et Drake le font en plein concert, pourquoi pas des barmans, des videurs, des dj et des danseurs ?

Il serait bien sûr difficile d’anticiper et/ou d’arrêter toutes les dérives et il est possible que ce froid refus ne soit que l’expression maladroite d’une bonne volonté d’éviter cet effet de bande. Malheureusement le Groom ne brillant pas en ligne pour son militantisme en faveur de la femme je doute tout de même de cette alternative.

L’explication la plus probable à ce refus, serait, selon moi, la bonne vieille technique de l’appât, autrement dite du « lâcher de chiens sur de la viande fraîche bourrée ». Et tmtc, lieux de vie nocturne et technique de l’appât ont déjà fait un bout de route ensemble, alors pourquoi changer une équipe qui gagne ? En d’autres termes utiliser la femme comme appât à dalleux dans le but de booster les consommations. Alors dans un premier temps, sous une perspective éthique, ce stratagème n’a guère à nous offrir, objectification de la femme, conception de la femme n’ayant droit à l’espace nocturne uniquement parce qu’elle est un prix à ramener pour l’homme etc…

Selon A Nous La Nuit (association visant à sensibiliser aux discriminations et préjugés liés aux genres et aux sexualités la nuit, dans l’espace public urbain), « les patrons savent bien que les soirées où il y a plus d’hommes que de femmes consomment moins qu’une soirée mixte » donc ils cherchent à appâter l’homme… en utilisant la femme, ce qui est en apparence l’exacte  nauséabonde stratégie du Groom.

Je terminerai comme j’ai commencé en soulignant donc que le Groom ne se veut pas comme un lieu de culture et de partage musical et que, au déni des valeurs prônées par de nombreux musiciens et adeptes de musiques électroniques, il patauge dans la fange d’un sexisme rebutant. A quand les soirées « un verre gratuit si tu montres tes seins » et « les prix diminuent avec la longueur de ta jupe » ?

Alors luttons, luttons ensemble, ne privons pas de très bons artistes de leur public mais profitons plutôt des entrées gratuites le weekend pour se régaler les oreilles sans rien consommer au bar. Quel plus beau pied de nez à la direction qu’une salle pleine tous les weekends qui ne verse pas un centime à la boîte ? Portons ensemble nos valeurs et nos idéaux au nez et à la barbe d’une direction qui les renie et, tous ensemble, faisons la différence à notre échelle.

 


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